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Vendredi 8 septembre 2006
 
 
 
LE TESTAMENT
 
 
 

 
 


À mon maître, à ma maîtresse :
 
    Le fardeau de mes ans et de mes infirmités me pèse lourdement, et je sais ma fin prochaine. C'est pourquoi moi, Charlemagne, (communément appelé Charlot par mes parents, amis et connaissances), dépose en secret dans l'âme de mes deux grands amis, mon maître et ma maîtresse, mon testament.
 
    J'ai peu de biens matériels à léguer. Les chiens sont plus sages que les hommes. Ils n'attachent pas grand prix aux choses de la terre. Je n'ai aucun bien précieux à transmettre, si ce n'est mon affection et ma fidélité.
Je les lègue à tous ceux qui m'ont aimé; qui je le sais, me regretteront le plus, à mes maîtres qui ont été si bons pour moi. Peut-être ai-je tort de m'enorgueillir, mais j'ai toujours été un chien extrêmement affectueux.
 
    Je demande à mes maîtres de toujours se souvenir de moi, mais de ne pas me pleurer trop longtemps. Au cours de mon existence, j'ai essayé de les réconforter dans la peine et de leur apporter un surcroît de joie dans le bonheur. Il m'est pénible de penser que, même dans la mort, je pourrais leur causer du chagrin. Je les prie de ne pas oublier qu'à leur tendresse et à leur sollicitude je dois d'avoir été le plus heureux des chiens.
 
    Mais maintenant me voici devenu pratiquement aveugle, sourd et j'ai de très gros problèmes de dentition m'empêchant de manger; ainsi ma fierté a fait place à une humiliation qui me déroute. Je sens que la vie me reproche d'avoir trop longtemps prolongé la fête. Je dois faire mes adieux avant de devenir un poids insupportable pour moi et pour ceux qui m'ont donné leur affection. Il me sera douloureux de les quitter, mais pas de mourir.
 
    Contrairement aux hommes les chiens ne redoutent pas la mort. Que se passe-t-il après? Nul ne le sait. En tout cas, je suis au moins sûr de trouver la paix et un long repos pour mon vieux cœur las, ma vieille tête, mes vieux membres ainsi qu'un sommeil éternel dans cette terre que j'ai tant aimée.
Il est un dernier vœu que je formule en toute sincérité. J'ai entendu ma maîtresse, dire:
"Quand Charlemagne mourra, nous n'aurons jamais plus de chien. Je l'aime tellement que je ne pourrai plus en aimer un autre."
Maintenant pour l'amour de moi, je lui demande de revenir sur sa décision. Ce serait un bien piètre tribut à ma mémoire que de ne jamais plus avoir de chien. Je voudrais tant garder le sentiment que, maintenant que j'ai fait partie de la famille, il lui est désormais impossible de vivre sans la compagnie du meilleur ami de l'homme! Je n'ai jamais été exclusif ni jaloux. J'ai toujours soutenu que la plupart de mes congénères sont bons (même ma co-locataire, la chatte, à qui j'ai quelques fois autorisé à partager mon lit avec moi. J'ai toléré son amitié dans un esprit de générosité et, dans mes rares moments de sentimentalité, je lui ai même rendu un peu la pareille).
Aussi je conseille à ma maîtresse de choisir un autre chien à son goût pour me succéder. Il pourra difficilement être aussi bien élevé, aussi poli, aussi distingué et aussi beau que je fus dans ma jeunesse. Mais, je suis sûr qu'il fera de son mieux et aussi que ses défauts inévitables contribueront, par contraste, à perpétuer mon souvenir. Je lui lègue mon collier, ma laisse, mon lit, ma gamelle et mon panier.
 
    Un dernier mot à mes maîtres. Chaque fois que vous penserez à moi : dites-vous avec regret, mais aussi avec bonheur, en vous rappelant ma longue vie à vos côtés : "Charlemagne était un être qui nous aimait et que nous aimions." Si profond que soit mon sommeil, je vous entendrai, et tout le pouvoir de la mort n'empêchera pas mon âme de chien d'agiter la queue avec reconnaissance.

 
Charlemagne
Votre chien fidèle qui veillera toujours sur vous.

 
 
Eugène O'NEIL
Dramaturge américain
Texte écrit à l'occasion de la mort de son chien en 1940


 
 
 
 
Vendredi 26 mai 2006
 
 
 
SUR LA TETE DE MON CHIEN
 
 
 

 
 


Sur la tete de mon chien
J'ai posé ma tete
Sur la patte de mon chien
J'ai posé ma main
Depuis ce jour c'est mon chien
Qui porte ma tete
Depuis ce jour c'est mon chien
Qui porte ma main
J'ai la tete de mon chien
Au lieu de ma tete
J'ai la patte de mon chien
Au lieu de ma main
A cheval sur un lapin
J'ai sauté l'herbette
A la table du lapin
J'ai mangé du thym
Depuis ce jour c'est Jeannot lapin
Qui va-t-à l'école
Depuis c'est Jeannot lapin
Qui parle latin
J'ai rencontrée mon amie
La vieille corneille
J'ai rencontrée mon amie
Dans un nid de pie
Et c'est pour ça que depuis
Je baille aux corneilles
Et c'est pour ça que depuis
Toujours je m'ennuie
Quand mon chien c'est endormi
J'ai remis sa tete
Et puis sans faire de bruit
Ma main j'ai repris
Et mon chien sait maintenant
Tout ce que je pense
Mon chien comprend maintenant
Tout ce que je dis
Moi si je n'ai pas compris
La langue qu'il parle
Souvent sa langue me dit
Qu'il est mon ami
Sur la tete de mon chien
J'ai posé ma tete
Sur la patte de mon chien
Me suis endormi


 
Daniel SCHMITT
Extrait de "Fredonnaisons"


 
 
 
 
 
 
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